C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

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Jamais vous, bel ami, ne me semblerez vieux,
Puisque votre beauté, je la vois du même œil
Qu’à nos premiers regards. Trois durs hivers pluvieux
De trois été touffus ont secoué l’orgueil,
Trois merveilleux printemps vers l’automne ont filé
Tandis que des saisons j’observais le transfert,
Trois Avrils parfumés en trois Juins ont brûlé,
Mais vous, du premier jour, vous êtes resté vert.
Ah ! pourtant la beauté, comme l’ombre au cadran,
Fuit ses traits en glissant d’un pas imperceptible ;
Votre teint qui pour moi n’a pas bougé d’un cran
A donc dû s’altérer sans que j’y sois sensible…
Craignant cette évidence, écoute, âge à venir :
Tu seras né sans voir le bel été mourir.
Traduction :J. F. Berroyer

104

To me, fair friend, you never can be old,
For as you were when first your eye I ey’d,
Such seems your beauty still. Three winters cold
Have from the forests shook three summers’ pride,
Three beauteous springs to yellow autumn turn’d
In process of the seasons have I seen,
Three April perfumes in three hot Junes burn’d,
Since first I saw you fresh, which yet are green.
Ah! yet doth beauty, like a dial-hand,
Steal from his figure and no pace perceiv’d;
So your sweet hue, which methinks still doth stand,
Hath motion, and mine eye may be deceiv’d:
For fear of which, hear this, thou age unbred;
Ere you were born was beauty’s summer dead.
William Shakespeare