Il y a un an, La Quinte du loup poussait son premier cri en publiant, à l’occasion de la commémoration des 400 ans de la mort de Shakespeare, les traductions de trente-trois sonnets du célèbre dramaturge anglais. D’autres poèmes, d’autres poètes, sont ensuite venu approfondir notre catalogue, qu’il vous est désormais loisible de parcourir au gré du hasard.

Avec cette nouvelle mue, c’est au tour de Lord Byron et de John Keats, deux poètes que tout oppose si ce n’est la beauté sensible de leurs vers, de s’entendre chantés d’une voix dissonante…

Quand je crains que ma vie ne parvienne à son terme
Avant que mon cerveau n’ait semé sous ma plume,
Avant que le grenier du savoir ne renferme
Ma pensée récoltée au sein de maint volume ;
Quand je vois, sur la face étoilée de la nuit,
Les signes nébuleux d’une grande romance,
Et songe que bientôt, si la santé me fuit,
D’en tracer les contours je n’aurai plus la chance ;
Et quand je sens, mortel au futur chimérique,
Que je ne pourrai plus contempler ton visage,
Ni connaître l’attrait du pouvoir féerique
De l’amour instinctif — alors sur le rivage
Du monde tourmenté je me tiens seul, et songe
Tandis qu’amour et gloire au fond du gouffre plongent.
Traduction :J. F. Berroyer
When I have fears that I may cease to be
Before my pen has gleaned my teeming brain,
Before high-pilèd books, in charactery,
Hold like rich garners the full ripened grain;
When I behold, upon the night’s starred face,
Huge cloudy symbols of a high romance,
And think that I may never live to trace
Their shadows with the magic hand of chance;
And when I feel, fair creature of an hour,
That I shall never look upon thee more,
Never have relish in the faery power
Of unreflecting love—then on the shore
Of the wide world I stand alone, and think
Till love and fame to nothingness do sink.
John Keats