C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

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J’ai deux amours qui font ma joie et mon tourment,
Deux esprits familiers dont le conseil m’affecte :
Le bon ange est un homme albe idéalement,
Le mauvais une femme à la couleur suspecte.
Pour m’attirer l’enfer, mon démon féminin
Tente le bon génie qui près de moi réside,
Et voudrait instiller à mon saint son venin,
Souillant sa pureté de son orgueil stupide.
Il manque à mon soupçon l’indéniable évidence,
Mais je sens que mon ange influencé se vautre
Avec le diable qu’il fréquente en mon absence,
Et je devine l’un dans le gouffre de l’autre.
Mais le doute est plus doux : malheur si je savais
Avant que mon bon ange ait pris feu du mauvais.
Traduction :J. F. Berroyer

144

Two loves I have of comfort and despair,
Which like two spirits do suggest me still:
The better angel is a man right fair,
The worser spirit a woman colour’d ill.
To win me soon to hell, my female evil
Tempteth my better angel from my side,
And would corrupt my saint to be a devil,
Wooing his purity with her foul pride.
And whether that my angel be turn’d fiend
Suspect I may, yet not directly tell;
But being both from me, both to each friend,
I guess one angel in another’s hell:
Yet this shall I ne’er know, but live in doubt,
Till my bad angel fire my good one out.
William Shakespeare