C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

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Du soleil ils n’ont rien, les yeux de ma maîtresse ;
À côté du corail, certes sa bouche est pâle :
Par-devant les fils d’or, noire paraît sa tresse ;
Auprès des flocons blancs, sa gorge a trop de hâle.
J’ai vu, fleur de Damas, la rose pourpre et blanche,
Mais jamais sur sa joue je n’en vois la couleur ;
Comme à aucun moment son haleine n’épanche
D’un parfum capiteux la délicieuse odeur.
J’aime entendre sa voix, les mots qu’elle professe,
Bien qu’au fond la musique ait produit meilleur chant :
J’admets n’avoir jamais vu passer de déesse,
Ma maîtresse s’appuie sur le sol en marchant :
Et pourtant, par le Ciel, mon amour m’est précieux
Comme ce qui l’excède en parangons spécieux.
Traduction :J. F. Berroyer

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My mistress’ eyes are nothing like the sun;
Coral is far more red than her lips’ red:
If snow be white, why then her breasts are dun;
If hairs be wires, black wires grow on her head.
I have seen roses damask’d, red and white,
But no such roses see I in her cheeks;
And in some perfumes is there more delight
Than in the breath that from my mistress reeks.
I love to hear her speak, yet well I know
That music hath a far more pleasing sound:
I grant I never saw a goddess go,
My mistress, when she walks, treads on the ground:
And yet, by heaven, I think my love as rare
As any she belied with false compare.
William Shakespeare