C’est l’été ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

Le Tigre

Tigre, Tigre, au poil qui luit,
Dans les forêts de la nuit ;
Quel doigt, quel œil immortel
A bien pu te dessiner tel ?

Dans quels enfers ou quels cieux
Brûla le feu de tes yeux ?
Quelle aile osa les atteindre ?
Ce feu, quelle main l’étreindre ?

Et quelle épaule eut le don
De tordre ainsi chaque tendon
De ton cœur ? Lui battant soudain,
Quel pied lourd, quelle âpre main ?

Quelle chaîne ? Quel marteau ?
Quel four forgea ton cerveau ?
Quelle enclume ? Quel grand geste
Empoigna sa peur funeste ?

Pluie d’étoiles, javelots,
Les cieux noyés sous leurs sanglots :
De son œuvre a-t-il souri ?
Après l’Agneau t’a-t-il pétri ?

Tigre, Tigre, au poil qui luit,
Dans les forêts de la nuit ;
Quel doigt, quel œil immortel
Osa donc te dessiner tel ?
Traduction :J. F. Berroyer

The Tyger

Tyger Tyger, burning bright,
In the forests of the night;
What immortal hand or eye,
Could frame thy fearful symmetry?

In what distant deeps or skies,
Burnt the fire of thine eyes?
On what wings dare he aspire?
What the hand, dare seize the fire?

And what shoulder, & what art,
Could twist the sinews of thy heart?
And when thy heart began to beat,
What dread hand? & what dread feet?

What the hammer? what the chain,
In what furnace was thy brain?
What the anvil? what dread grasp,
Dare its deadly terrors clasp!

When the stars threw down their spears
And water’d heaven with their tears:
Did he smile his work to see?
Did he who made the Lamb make thee?

Tyger Tyger burning bright,
In the forests of the night:
What immortal hand or eye,
Dare frame thy fearful symmetry?
William Blake