C’est l’automne ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

Sur le projet de chemin de fer à Kendal et Windermere

Quel coin restera donc paisible en Angleterre ?
Les rêves de repli semés dans la jeunesse,
Et gardés au milieu du monde à son affaire
Purs comme avait fleuri leur première promesse,
Doivent périr ; — comment pourraient-ils supporter
Cet assaut désastreux ? Et devrait-il se taire,
Celui qui dédaigneux voit que l’on veut jeter
Sur les champs paternels ce leurre utilitaire ?
Orresthead, Lieu splendide, affronte ici ton sort,
Toi que le voyageur voit d’un œil extatique :
Plaide pour ta quiétude, ô beauté romantique
De la nature ; et si le cœur de l’homme est mort,
Parlez, vents fugitifs ; la voix sans inflexion,
Protestez, vous torrents, contre l’aberration.
Traduction :J. F. Berroyer

On the projected Kendal and Windermere Railway

Is then no nook of English ground secure
From rash assault? Schemes of retirement sown
In youth, and ’mid the busy world kept pure
As when their earliest flowers of hope were blown,
Must perish;—how can they this blight endure?
And must he too the ruthless change bemoan
Who scorns a false utilitarian lure
’Mid his paternal fields at random thrown?
Baffle the threat, bright Scene, from Orresthead
Given to the pausing traveller’s rapturous glance:
Plead for thy peace, thou beautiful romance
Of nature; and, if human hearts be dead,
Speak, passing winds; ye torrents, with your strong
And constant voice, protest against the wrong.
William Wordsworth