Cet automne, La Quinte du loup met en lumière deux poètes anglaises qui ont marqué leur époque et dont quelques perles rares sont venues enrichir notre catalogue.

Si Ada Lovelace est surtout connue pour son génie mathématique et son rôle pionnier en informatique théorique, il ne faut pas oublier que la fille de Lord Byron, comme tant d’autres scientifiques, ne dédaignait pas pour autant la poésie. En témoigne son sonnet L’Arc-en-ciel, retrouvé aux archives de la British Library

Des sonnets d’Elizabeth Barret-Browning, on a dit que n’en furent pas écrits de plus beaux depuis ceux de William Shakespeare. Admirée jusqu’en Amérique par Edgard Poe, elle aurait poussé Rainer Maria Rilke à étudier la langue anglaise, près d’un siècle plus tard, dans le seul but de pouvoir traduire en allemand ses Sonnets from the Portuguese dont quelques-uns vous sont ici proposés.

iii

Nous sommes différents, différents, Cœur princier !
Différents sont nos us et nos destins prescrits.
Nos deux anges gardiens se regardent, surpris
Qu’un heurt accidentel les force à s’associer.
Sois conscient que tu es — susciteur de vacarmes,
Immanquable convive aux festivals joyeux
Des reines — l’attraction puissante de cent yeux
Plus brillants que les miens pourtant remplis de larmes.
Tous désirent te voir diriger leur orchestre :
Que viens-tu par l’ajour me regarder plus près,
Moi le chantre égaré si loin du chœur terrestre,
Qui chante, misérable, à l’ombre du cyprès ?
Si le chrême oint ton front, le mien luit de rosée, —
Et notre union, la Mort devra l’avoir creusée.
Traduction :J. F. Berroyer

iii

Unlike are we, unlike, O princely Heart!
Unlike our uses and our destinies.
Our ministering two angels look surprise
On one another, as they strike athwart
Their wings in passing. Thou, bethink thee, art
A guest for queens to social pageantries,
With gages from a hundred brighter eyes
Than tears even can make mine, to play thy part
Of chief musician. What hast thou to do
With looking from the lattice-lights at me,
A poor, tired, wandering singer, singing through
The dark, and leaning up a cypress tree?
The chrism is on thine head,—on mine, the dew,—
And Death must dig the level where these agree.
Elizabeth Barrett-Browning