C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

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Comme j’écris sur vous, ô combien je défaille,
Puisqu’un esprit meilleur par sa verve notoire
Évoque votre nom, et que son art travaille
À me lier la langue en chantant votre gloire !
Mais comme l’océan de votre ample mérite
Porte l’humble navire autant que le plus fier,
À côté de sa nef, ma barque bien petite
S’évertue à voguer sur votre vaste mer.
Vous m’aidez en surface à me tenir à flot
Cependant qu’il parcourt votre abîme insondable ;
Ou quand j’échoue, esquif du poids d’un bibelot,
Lui peut s’enorgueillir d’un gréement formidable :
Or même s’il prospère et que je fais naufrage,
Le pire aura été l’amour qui me ravage.
Traduction :J. F. Berroyer

80

O, how I faint when I of you do write,
Knowing a better spirit doth use your name,
And in the praise thereof spends all his might,
To make me tongue-tied, speaking of your fame!
But since your worth, wide as the ocean is,
The humble as the proudest sail doth bear,
My saucy bark, inferior far to his,
On your broad main doth wilfully appear.
Your shallowest help will hold me up afloat,
Whilst he upon your soundless deep doth ride;
Or, being wreck’d, I am a worthless boat,
He of tall building and of goodly pride:
Then if he thrive and I be cast away,
The worst was this; my love was my decay.
William Shakespeare