…mais avant, la citation du moment :

« L’arithmétique ne sera utile à rien ni à personne tant que nous ne posséderons pas douze doigts pour compter les syllabes du beau vers français, défaut qui fait de tout homme un poète maudit. »

Éric Chevillard

L’Agneau

Frêle agneau, qui t’a fait ?
Sais-tu donc qui t’a fait ?
T’a fait naître et t’a nourri,
T’emmena boire à l’abri ;
T’a fait cette robe blanche,
Robe en laine du dimanche ;
T’a fait cette voix si tendre
Que l’on s’égaye à l’entendre ?
Frêle agneau, qui t’a fait ?
Sais-tu donc qui t’a fait ?

Frêle agneau, je le sais,
Frêle agneau, je le sais :
Agneau le dénomme-t-on,
Car Lui-même a pris ton nom.
C’est fragile et sans défense
Qu’Il est entré dans l’enfance.
Moi l’enfant, et toi l’agneau
Nous l’incarnons à nouveau.
Frêle agneau, sois béni !
Frêle agneau, sois béni !
Traduction :J. F. Berroyer

The Lamb

Little Lamb, who made thee?
Dost thou know who made thee?
Gave thee life & bid thee feed
By the stream & o’er the mead;
Gave thee clothing of delight,
Softest clothing, wooly, bright;
Gave thee such a tender voice,
Making all the vales rejoice?
Little Lamb, who made thee?
Dost thou know who made thee?

Little Lamb, I’ll tell thee,
Little Lamb, I’ll tell thee:
He is callèd by thy name,
For he calls himself a Lamb.
He is meek, & he is mild;
He became a little child.
I a child, & thou a lamb,
We are callèd by his name.
Little Lamb, God bless thee!
Little Lamb, God bless thee!
William Blake