C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

Londres

Je traîne par ces rues qui toutes
Courent le long de la Tamise,
Et ceux dont je croise les routes,
Me font pitié, mine grise.

Dans chaque cri de chaque bouche,
Dans chaque pleur de nourrisson,
Dans chaque voix, grêle ou farouche,
Du malheur j’entends la chanson.

La plainte du ramoneur
Consterne la sombre église ;
Et le soupir du veilleur
Au pied du palais se brise.

Mais surtout, par ces rues j’entends
La nuit la fille à canailles
Qui maudit les pleurs d’enfants,
Et crache sur les fiançailles.
Traduction :J. F. Berroyer

London

I wander thro’ each charter’d street,
Near where the charter’d Thames does flow,
And mark in every face I meet,
Marks of weakness, marks of woe.

In every cry of every Man,
In every Infant’s cry of fear,
In every voice, in every ban,
The mind-forg’d manacles I hear.

How the Chimney-sweeper’s cry
Every black’ning Church appalls;
And the hapless Soldier’s sigh
Runs in blood down Palace walls.

But most, thro’ midnight streets I hear
How the youthful Harlot’s curse
Blasts the new born Infant’s tear,
And blights with plagues the Marriage hearse.
William Blake