…mais avant, la citation du moment :

« L’arithmétique ne sera utile à rien ni à personne tant que nous ne posséderons pas douze doigts pour compter les syllabes du beau vers français, défaut qui fait de tout homme un poète maudit. »

Éric Chevillard

xiv

Que si tu dois m’aimer, ce soit pour l’amour même
Et rien d’autre. Abstiens-toi de déclarer « je l’aime
Pour son sourire exquis — son regard — sa façon
De parler doucement, — pour une réflexion
Qui s’accorde à la mienne, et propre à justifier
Le bien-être éprouvé ce jour particulier » —
Car ces points, mon amour, n’étant pas absolus
Peuvent évoluer — le jeu que l’amour joue
Peut aussi prendre fin. Ne m’aime pas non plus
Pour ta tendre pitié qui me sèche la joue :
Qui serait par tes soins consolée chaque jour,
Oubliant de pleurer, perdrait-là ton amour !
Aime pour l’amour seul, de sorte que jamais
L’on ne parle au passé du temps où tu m’aimais.
Traduction :J. F. Berroyer

xiv

If thou must love me, let it be for nought
Except for love’s sake only. Do not say,
“I love her for her smile—her look—her way
Of speaking gently,—for a trick of thought
That falls in well with mine, and certes brought
A sense of pleasant ease on such a day”—
For these things in themselves, Belovèd, may
Be changed, or change for thee—and love, so wrought,
May be unwrought so. Neither love me for
Thine own dear pity’s wiping my cheeks dry:
A creature might forget to weep, who bore
Thy comfort long, and lose thy love thereby!
But love me for love’s sake, that evermore
Thou mayst love on, through love’s eternity.
Elizabeth Barrett-Browning