…mais avant, la citation du moment :

« L’arithmétique ne sera utile à rien ni à personne tant que nous ne posséderons pas douze doigts pour compter les syllabes du beau vers français, défaut qui fait de tout homme un poète maudit. »

Éric Chevillard

73

Tu peux me voir ainsi que cette saison grise
Où les feuilles jaunies restent, rares, à pendre
Au bout de ces rameaux qui tremblent sous la bise,
Chœur dissous qu’autrefois soutenait l’oiseau tendre.
Tu m’aperçois pareil à la tombée d’un jour
Qui décline vers l’ouest au coucher du soleil,
Que la nuit noire arrache à la vie alentour
Pour imiter la mort, ce verrou du sommeil.
Tu me trouves semblable à la lueur d’un feu
Dans les cendres duquel le jeune âge a péri,
Gît sur le lit funèbre où le rappela Dieu,
À la fin consumé par ce qui l’a nourri.
Que tu saches cela rend ton amour plus fort
Pour celui que bientôt tu perdras dans la mort.
Traduction :J. F. Berroyer

73

That time of year thou mayst in me behold
When yellow leaves, or none, or few, do hang
Upon those boughs which shake against the cold,
Bare ruin’d choirs, where late the sweet birds sang.
In me thou see’st the twilight of such day
As after sunset fadeth in the west;
Which by and by black night doth take away,
Death’s second self, that seals up all in rest.
In me thou see’st the glowing of such fire,
That on the ashes of his youth doth lie,
As the death-bed whereon it must expire,
Consum’d with that which it was nourish’d by.
This thou perceiv’st, which makes thy love more strong,
To love that well which thou must leave ere long.
William Shakespeare