…mais avant, la citation du moment :

« L’arithmétique ne sera utile à rien ni à personne tant que nous ne posséderons pas douze doigts pour compter les syllabes du beau vers français, défaut qui fait de tout homme un poète maudit. »

Éric Chevillard

À Fanny
J’implore auprès de vous merci — pitié — amour !
Oui, votre amour clément loin de la tentation,
D’un seul esprit, jamais distrait, sincère amour,
Que l’on voit sans nul masque — et sans imperfection !
Oh ! laisse-moi t’avoir toute entière, — soient miens
Ce tour, cette beauté, ce doux sel de désirs
Plus grands, votre baiser, — ces mains, ces yeux divins,
Ce sein chaud, blanc, lucide, au million de plaisirs, —
Par pitié ! vous — votre âme — offrez-moi tout, je meurs
Si votre charité ne m’est point exhaustive,
Ou vivant, moi le plus pauvre des serviteurs,
Oubliez, dans la nuit de la misère oisive,
Les raisons de la vie, — mon palais d’illusion
Perdant son souffle, aveugle errant mon ambition !
Traduction :J. F. Berroyer
To Fanny
I cry your mercy—pity—love! Aye, love!
Merciful love that tantalizes not,
One-thoughted, never-wandering, guileless love,
Unmasked, and being seen—without a blot!
O! let me have thee whole,—all—all—be mine!
That shape, that fairness, that sweet minor zest
Of love, your kiss,—those hands, those eyes divine,
That warm, white, lucent, million-pleasured breast,—
Yourself—your soul—in pity give me all,
Withhold no atom’s atom or I die,
Or living on perhaps, your wretched thrall,
Forget, in the mist of idle misery,
Life’s purposes,—the palate of my mind
Losing its gust, and my ambition blind!
John Keats