C’est le printemps ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

In Extremis

Jusqu’à l’aube affluant, les vents irrésistibles
Passèrent au-dessus tels de puissants archanges,
Tonitruant en l’air des mélodies étranges,
Dans un fracas de chars tombant des cieux terribles —
Chant connu des veilleurs, marins ou sentinelles,
Le long des hauts remparts de la nuit sans étoiles —
Et vol démesuré des vapeurs et des voiles,
Et souffle soutenu des trompettes rebelles.

Puis j’entendis plus fort, dans l’angoisse complète,
Le hurlement des bois souffrant sous la tempête,
Et se mêlant encore au tumulte aérien,
L’appel de l’océan riche en affreux clapots ;
Mais je demeure près de l’éternel Repos,
Sachant que par bonheur, un mort n’entend plus rien.
Traduction :J. F. Berroyer

In Extremis

Till dawn the Winds’ insuperable throng
Passed over like archangels in their might,
With roar of chariots from their stormy height,
And broken thunder of mysterious song—
By mariner or sentry heard along
The star-usurping battlements of night—
And wafture of immeasurable flight,
And high-blown trumpets mutinous and strong.

Till louder on the dreadful dark I heard
The shrieking of the tempest-tortured tree,
And deeper on immensity the call
And tumult of the empire-forging sea;
But near the eternal Peace I lay, nor stirred,
Knowing the happy dead hear not at all.
George Sterling