C’est l’hiver ! En attendant de voir fleurir de nouvelles strophes sur ce site un peu en jachère, n’hésitez pas à feuilleter notre catalogue, à récolter les fruits du hasard (peut-être habités par les vers), ou à venir chaque samedi pour cueillir le poème de la semaine. Bonne lecture !

ii

Trois êtres seulement parmi tout l’univers
Ont alors entendu ce mot que tu m’as dit :
Dieu Lui-même, et nous deux — mais Dieu seul répondit…
Et répandant son ombre, il la fit couler vers
Ma paupière alourdie, comme une punition
Infligée à mes yeux pour t’avoir vu — de sorte
Que les poids mis sur eux, si j’avais été morte,
Ne les auraient scellés davantage. Or le « non »
Est pire, ô mon ami, dès lors qu’il est divin !
Vouloir nous séparer sur terre serait vain :
Contre vents et marées, nous resterions unis ;
Nos mains se toucheraient en dépit des montagnes ;
Et quand même éloignés par les cieux infinis,
Les astres feraient tout pour tu me rejoignes.
Traduction :J. F. Berroyer

ii

But only three in all God’s universe
Have heard this word thou hast said,—Himself, beside
Thee speaking, and me listening! and replied
One of us … that was God, … and laid the curse
So darkly on my eyelids, as to amerce
My sight from seeing thee,—that if I had died,
The deathweights, placed there, would have signified
Less absolute exclusion. “Nay” is worse
From God than from all others, O my friend!
Men could not part us with their worldly jars,
Nor the seas change us, nor the tempests bend;
Our hands would touch for all the mountain-bars:
And, heaven being rolled between us at the end,
We should but vow the faster for the stars.
Elizabeth Barrett-Browning